La question de l’accessibilité et du handicap dans l’escape game
Avant de commencer votre lecture, sachez que si vous n’avez pas encore joué aux expériences que nous proposons à L’Antre, Escape Game d’horreur, vous risquez de menus spoilers du contenu des jeux, même si l’essentiel du jeu restera une surprise.
Si vous avez pris le temps de naviguer sur notre site internet, vous avez peut-être déjà croisé un paragraphe intitulé « Et l’accessibilité dans tout ça ?«
Il s’agit probablement d’une question que nous ne nous posons pas assez au sein des escapes games, que ce soient en tant que managers, game designers ou gérants et gérantes. Il est généralement plus facile de ne pas se préoccuper des particularités de chaque personne qui vient jouer dans notre escape game, surtout quand ces particularités ne nous concernent pas.
Pourtant, l‘escape game est le lieu idéal pour répondre à ces questions et accueillir des personnes avec des handicaps divers, puisque par principe, il n’y a pas besoin d’avoir une bonne condition physique. Ce qui permet déjà, de fait, de pouvoir faire jouer des personnes avec des handicaps moteurs légers sans même avoir besoin d’adapter nos scénarios. Alors, autant pousser un peu nos efforts de conception pour pouvoir élargir encore nos possibilités d’accueil.
L’Antre est d’ailleurs la première enseigne de la région à proposer un escape game d’horreur entièrement PMR. Peut-être même de France, mais on préfère ne pas trop s’avancer ! Rares sont les enseignes qui proposent des escape game accessibles aux personnes handicapées moteur, mais en matière d’escape game d’horreur, nous faisons figure d’exception.
Lors de la conception de notre escape game, nous avons spécifiquement adapté notre scénario d’horreur, Le Sacrifice, pour pouvoir y accueillir les personnes en fauteuil roulant. Ce qui a nécessité un peu d’ajustements : repenser quelques éléments de game design (les joueurs devaient ramper très en hauteur dans une version initiale du scénario), s’assurer de la position des meubles et éléments au sol pour que le passage d’un fauteuil roulant soit possible sans manœuvrer une demi-heure, et bien sûr poser des plans qui prennent en compte les dégagements nécessaires.
La bonne nouvelle, c’est que ces changements profitent à tout le monde : le jeu est naturellement plus grand et il est plus facile d’y « circuler », les éléments sont en très grande majorité situés plus bas que la moyenne, et bien sûr il est aussi plus sécurisé puisqu’il n’y a rien au sol sur lequel les joueurs pourraient trébucher. Certaines améliorations sont sans doute encore possibles, n’hésitez pas à nous faire part de vos retours si vous nous faites le plaisir de jouer Le Sacrifice.
Mais nous ne sommes pas arrêtés en si bon chemin. D’autres handicaps peuvent être particulièrement pénibles lors d’une sortie escape game entre amis, collègues ou en famille. Par exemple, environ 8% de la population masculine en France est daltonienne. C’est un brin embêtant, étant donné la propension que nous avons dans notre milieu à utiliser des codes couleur dans nos énigmes. Plus compliqué, il existe 3 types de daltonisme différents, difficile donc de jongler avec les bonnes couleurs. Du côté de L’Antre, on a tranché la question en n’utilisant pas de couleur dans nos énigmes. Finalement, nos joueurs et joueuses en sont même ravis puisqu’il a bien fallu remplacer ce game design par d’autres mécanismes de réflexion, plus originaux.
C’est de cette réflexion qu’a découlé la création de La Fête Foraine. Il s’agit de notre second scénario horrifique (moins pire que Le Sacrifice cependant), qui se déroule intégralement dans le noir complet. Complet, complet… pendant toute la durée du jeu !
Cette expérience inédite a plusieurs avantages : permettre bien sûr de proposer un jeu plus fun et original qu’un escape game classique, permettre aux personnes qui se risquent à l’intérieur de se glisser dans les chaussures d’autrui pendant un temps et également bousculer les codes et repères qu’ils et elles utilisent habituellement pour résoudre des énigmes. Après tout, comment communique-t-on dans le noir ? Comment décrit-on « ça » cet objet que l’on vient de trouver, très bizarre, et dont on a pas la moindre idée de ce à quoi il sert ? Or, vous vous en doutez ce scénario a également le mérite de pouvoir être joué sans aucun handicap par des personnes aveugles ou malvoyantes, qui se retrouvent pour une fois à leur avantage dans un jeu d’escape game…
Une expérience qui interroge les joueurs voyants, qui partagent souvent avec nous à quel point leurs réflexes reposent sur leur vue et l’aspect insolite de devoir s’en passer !
A l’évidence, il y a encore beaucoup à explorer sur le sujet et nous n’avons pas, à L’Antre, fait le tour de la question. A nous de découvrir les possibilités qui s’offrent aux escape game de proposer des expériences toujours plus divertissantes, hilarantes, terrifiantes, surprenantes, et bien sûr accessibles… on espère que vous serez de la partie !

